Mesure d'audience ROI statistique webanalytics par WebAnalytics

Petit ourson appelle "papa ours"

 Témoignage d'un papa en gestation

Par Walther Pépéka

copie interdite.

Corrections : Anne-Sophie Cywinsky

 

Chapitre 12 – Arrêtez de faire la tête !

 

 

 

  — Vè tché coulova ?*

  Dis-je, en chinois, à mon petit ourson qui vient me rendre visite dans notre maison toute propre. Il me regarde, l’œil brillant d’intelligence. Avec un éclatant sourire silencieux. Il m’écoute lui parler dans la langue de sa maman. Ca l’épate ! Mais il ne veut pas le laisser paraître.

  Je veux, par ces quelques mots, lui faire comprendre que je renie pas du tout sa part de culture chinoise, et que j’espère que plus tard, nous pourrons renouer le dialogue, entre sa maman et moi. C’est un acte symbolique, pour qu’il sache que les ponts qui semblent rompus ne le sont peut-être pas irrémédiablement.

  Mais, c’est raté. Il ne répond pas. Il ne joue pas le jeu. C’est bien normal. Pour lui, il n’a rien vu d’autre qu’un fossé infranchissable entre maman et papa. Un fossé inexplicable ? Je ne pense pas. Je me dis qu’il a une explication en lui, et que c’est cela, entre autres, qui fait de lui un petit garçon qui sourit, étincelant, à son papa. Il me confirmera plus tard, en dessinant papa en gestation, comme je l'ai dit au début de ce récit, qu'il a cette explication, dont je ne disposais pas moi-même.

  Petit Jimmy a peur de Darlington, le gros chien, qui l’accueille en sautant de joie. Eh oui, ça fait du mouvement ! Pour lui, c’est un peu un monstre. Alors, j’explique à mon petit garçon que tout ce que veut ce chien, c’est faire des bisous, avoir des caresses, et jouer à la ba-balle. Et je le lui montre.

  Mon Jimmy est un peu intimidé, dans cette grande maison qu'il a laissée il y a déjà deux mois, et dans laquelle il trouve une inconnue qui s'appelle Laura.

 

  Laura aussi, est un peu coincée. Elle n’a jamais eu d’atomes crochus avec l’idée d’avoir des enfants, parce que, comme moi, sa propre enfance lui fait du mal. Mais, Pour Jimmy, dont elle connaît toute l’histoire si difficile, elle fait un pas, puis deux.

  Je ne veux surtout pas imposer Jimmy à Laura. On m’a imposé des enfants, je sais ce que cela fait ! Je garde le secret et précieux espoir qu’ils finissent par s’apprivoiser.

  Jimmy joue dans la maison. Avec le chat de Laura. Il ne sait pas qu’il ne faut pas frapper un chat. C’est dangereux. Et le chat ne le mérite pas.

  Laura le lui explique, gentiment, doucement :

  — Tu aimerais qu’on te frappe ?

  — Non, dit mon petit Jimmy.

  — Eh bien, le chat non plus, dit Laura en souriant.

  Jimmy comprend. Il caresse le chat. Ca ronronne dans la maison.

 

*  *

*

 

  Mei me téléphone. Des mois après. Nous n’avons pas encore renoué. Mais elle me raconte une histoire. Quelque chose qui t’es arrivé, petit ourson.

  Tu n’as pas loin de cinq ans, tu viens d’arriver à Paris, où tu as emménagé avec maman, qui a trouvé du travail dans la capitale. Son rêve ! Habiter en ville, habiter Paris ! Pour pouvoir faire les boutiques, manger chinois avec des Chinois !

  — Tu sais ce qu’il a fait, dans le bus, à Paris, Jimmy ?

  — Non, réponds-je.

  — On était assis, il a regardé les gens pendant un petit moment, et puis, il s'est levé, et il a crié : « Vous faites tous la tête ! Pourquoi vous faites ça ? Mais enfin, arrêtez de faire la tête ! Vous avez pas besoin de faire la tête comme ça, ça va pas, non ! » Et les gens se sont mis à rire dans le bus.

 

  Et moi aussi, dans mon téléphone. Premier vrai rire avec Mei, depuis bien longtemps. Et il éclate autour de toi. C’est toi qui nous fais rire ! Je reconnais là, dans cet acte de révolte devant la tristesse du monde, un gène qui m’appartient… Quelque chose que j’aurais tellement envie de faire moi-même, et en plus, le culot pour y arriver. L’idéalisme. Allez, va, ne te cache pas derrière les jupes de maman, Jimmy, je te vois, tu sais, et tu es vraiment le fils de ton papa !

 

*  *

*

 

Lettre de Laura à Jimmy :

 

  J'ai fait ta connaissance petit ourson, par une photo. Dans tes yeux je ressentais une certaine tristesse qui me mettait un peu mal à l'aise. Pourtant ton papa était dithyrambique à ton sujet, et il l'est toujours !

  Je sentais sa fierté, son amour pour toi très fort.

  La première fois que je t'ai vu, c'était un soir, ton papa t'avait amené à la maison. Tu étais grognon car fatigué et tu avais peur du chien. Un très gentil chien, mais impressionnant pour toi qui étais tout petit. Tu te cachais dans les jambes de ton papa.
Le lendemain matin, tu es venu me dire bonjour, ton papa te tenait la main. Mais il a fait une petite erreur, il t'a dit de me dire bonjour en utilisant mon surnom. Celui qu'il me donne lui. Et j'avoue que je l'ai mal pris parce que je ne voulais pas que tu l’utilises. Ni toi ni personne d'ailleurs, c'était un surnom affectueux, c'est vrai que c'est un mot commun mais pour moi il veut dire la même chose que « mon amour » ou « ma chérie » et assurément il n'a pas sa place dans la bouche de quelqu'un d'autre.

 
  Et puis déjà que moi je n'étais pas à l'aise parce que tu sais les enfants c'est pas vraiment mon truc. Je ne voyais que les mauvais côtés, l'exigence, la patience que cela demande et surtout le chamboulement. Un enfant c'est un grand bouleversement surtout quand il est petit comme tu l'étais. C'est aux adultes d'adapter leur mode de vie et non à l'enfant de le faire.

  C'était pour moi un peu difficile à vivre. Avec ton papa, nous avions passé des moments très durs et nous retrouvions tout juste un semblant de sérénité. Nous commencions aussi notre vie commune. Même si nous étions déjà tous les deux au château, ce n'était pas pareil. Il nous fallait aussi nous construire.

  Alors te voir là, si perturbé par tout ce que tu vivais, c'était comme me renvoyer un miroir. Moi, je n'ai pas tellement reçu d'amour de mon papa, j'en ai souffert et c'est sans doute pourquoi les enfants c'est difficile pour moi.
Il allait falloir que tous les deux nous apprenions à nous apprivoiser, à nous connaître et enfin à nous apprécier.


  Après ce démarrage, raté, il faut bien le dire,tu es revenu mais cette fois avec tes deux frères. C'était plus facile pour moi, tu étais plus avec tes frères. Je sentais ton papa plus détendu aussi, car tu sais petit ourson, ton papa, il veut être un papa parfait. Oui, la perfection n'existe pas mais il y tend tant qu'il le peut. Lorsque vous êtes là, sa préoccupation première est de vous donner le maximum, à chacun, et il le fait même si cela le laisse lessivé. Lessivé mais heureux.

  Il avait peur que tu sois un poids pour moi, il ne voulait pas t'imposer. J'appréciais son tact et je comprenais pourquoi il agissait ainsi mais lorsque je faisais quelque chose avec toi c'était parce que j'en avais envie.


  J'ai le souvenir de ta petite voiture sur la table. C'était un autre jour, un soir où ton papa était occupé ailleurs. J'étais assise à la table de la cuisine, tu étais debout. A côté J'ai poussé ta petite voiture vers toi, doucement. Tu m'as regardée, surpris, te demandant sans doute si elle me gênait. Je t'ai souri alors tu l'as repoussée doucement vers moi. Et voilà, c'était parti pour quelques bonnes rigolades à jouer avec la voiture.

  Je me rappelle de ton papa ému de nous entendre rire, qui était venu voir pourquoi tu rigolais si fort et de si bon cœur.
  Le soir nous en avons discuté, il était touché et me remerciait. J'avais trouvé ce remerciement déplacé parce que je l'avais fait spontanément, avec mon cœur. Il n'y avait rien là qui mérite un merci. Je ne l'avais pas fait pour faire plaisir à ton papa, c'est venu tout seul. Naturellement.    

  Ce jour-là nous nous sommes apprivoisés.

  Nous avons aussi appris à nous connaître et même si ma patience n'égale pas celle de ton papa, nous passons des bons moments.
A table, tu es vraiment très très long et c’est là que je finis parfois par jeter l'éponge. Parce que, tu es un coquin petit ourson, si je suis seule avec toi, tu manges à une allure normale pour un enfant, mais s'il y a quelqu'un d'autre et en particulier ton papa, alors là, que c'est long !


  Je crois que je peux dire que tu aimes jouer avec moi et c’est réciproque.

  Tu me montres que tu m'aimes et cela me touche beaucoup.

 

  Il n'y a qu'une chose que je t'ai refusée. Nous étions sous la véranda, pendant l'été. Je t'ai mis sur la rambarde pour que tu puisses avoir une vue d'ensemble sur le jardin. Ton papa passait la tondeuse.

  Tu me faisais un gros câlin, tu étais tout tendre et tu as voulu me faire un bisou, sauf que tu ne voulais pas me le faire sur la joue mais sur la bouche.

  Je ne suis pas d'accord avec cette pratique mais la surprise a fait que je n'ai pas su quoi dire ni quoi faire. J'ai vraiment été prise au dépourvu, j'avais les bras ballants comme on dit...

 

  Alors je t'ai fais un bisou sur la joue, cela ne correspondait pas à ton attente, j'ai vu que tu étais un peu désemparé et triste. Je sais bien que c'était avec ton cœur, petit ourson mais ça non je ne peux pas. Puis pour te changer les idées je t'ai proposé un jeu et ta déception est bien vite passée.

  Je pense que tu as compris que ce n'était pas ton amour que je rejetais.

  Depuis, nous en  avons parcouru du chemin, tous les deux…

  Dans un premier temps, chacun  de son  côté, puis ensemble.

  C'est important pour ton papa que cela se passe bien entre nous, pour qu'il soit détendu et serein lorsque tu viens à la maison.
Tu verras qu'il y a beaucoup de façons d'aimer et de le montrer. La mienne est plutôt discrète parce que je ne suis pas ta maman, et je n'ai aucune envie de l'être, tes venues sont avant tout pour ton papa. Tu en as besoin, comme il en a besoin.

  Je vais te dire ce que j'aurais aimé entendre à ton âge, petit ourson : garde précieusement ton enfant intérieur, ne garde pas tes peines et tes souffrances en toi. Pour l'imager, je prends une tournure que j'ai lue il y a peu, laisse ta pluie ruisseler le long de tes joues.
  Il est faux de dire que les garçons ne doivent pas pleurer, tout le monde devrait pouvoir pleurer lorsqu'il en a besoin. Si tu retiens ta pluie, elle se concentre en toi au lieu de sortir et elle fait mal.

  Aime-toi comme tu es, pour ce que tu es. Sans égoïsme ni narcissisme mais parce que c'est indispensable pour bien te construire.

  Trouve le bon côté des événements, il y en a forcément et c'est en les voyant qu'on peut supporter et surmonter les mauvais moments.

  N'éteins jamais tes espoirs, ne les perds pas de vue même si tu penses que c'est en vain. Toute prière faite avec son âme et qui va dans le sens de son chemin est exaucée mais parfois elle prend des tournures que l'on juge, sur le moment, incongrues.

  Sois toi-même petit ourson.

  Suis ton coeur car l'amour est tout, l'amour peut tout.

  Souris à l'amour, souris à la vie, à ta vie !


  Je t'embrasse.


  Laura

*  *

*

 

  En lisant cette lettre de Laura, qui me touche beaucoup, quelque chose que j’avais demandé à Mei, et qu’elle n’a pas écouté non plus, me revient en mémoire. Avant ta naissance, Jimmy, en voyant des amis embrasser leurs enfants sur la bouche, j’avais demandé à ta maman que nous ne le fassions pas avec toi. Oh, pas par pruderie, pas parce que je serais de je ne sais quelle vieille école, mais, en voyant cela, fait dans d’autres familles, j’avais toujours eu un pincement au cœur. Sans me l’expliquer, sans comprendre tout à fait pourquoi.

  Je me disais : « Ces choses-là, ça se fait entre des amoureux, pas entre des gens qui ne sont pas amants. Ca a un sens particulier, et embrasser un enfant sur la bouche ça fait perdre son sens à cet acte, en lui en ajoutant un autre. Quand un enfant, devenu plus grand, embrasse une femme sur la bouche, il embrasse sa maman ? Est-ce que ce ne serait pas pour ça, entre autres, que beaucoup de femmes adultes reprochent à leurs compagnons de trop chercher en elles une maman ? Il ne faut pas tout mélanger. »

 

  Et, en lisant Laura, les choses s’éclairent. Parce que si on fait ces baisers-là, un petit garçon, plus tard, veut échanger de l’amour innocent/amitié, avec une femme adulte, et il peut en être privé, si cette femme n’accorde d’ordinaire ce baiser là qu’à son amant. Et en souffrir. La femme, elle aussi, se demande ce qui se passe, ne sait comment réagir, culpabilise, et se sent mal à l’aise. Mais, au-delà de ce quiproquo, cela peut faire du mal, en restant gravé dans la tête de l’enfant et en lui donnant l’occasion de mal juger ceux qui l’entourent : dans ce cas précis, Jimmy peut tout à fait se dire : « La copine de papa ne m’aime pas ! Je veux faire ami-ami avec elle, et elle ne veut pas », ce qui pose un grave problème pour la suite des événements, surtout quand on sait qu’il faut aussi à Laura une acclimatation à l’enfant. Et cela peut mener l’enfant à penser : « Que fait papa avec une femme qui ne sait pas faire ami-ami ? Pourquoi a-t-il quitté maman pour cette femme-là, qui me refuse un bisou ? Est-ce que papa est fou d’aller avec une femme qui ne sait pas aimer ? » et lui donner une mauvaise image de la femme et de son père, qui sera longue et difficile à rétablir dans la vérité des choses.

  C’est également étrange, pour un papa, de recevoir un bisou sur la bouche, de son petit garçon. Chose que Jimmy a essayé de me donner, mais que je n’ai pas pu prendre. Si mon petit garçon ne sait pas qui on embrasse, et de quelle façon, il faudra qu’il l’apprenne. Autant que ses parents le fassent, plutôt que d’autres enfants, qui pourraient se moquer de lui. Les enfants sont cruels, entre eux.

 

  Mais aussi, et surtout, en lisant Dolto, j’ai compris combien le nécessaire passage de l’œdipe est parfois compliqué pour les enfants. Dolto, comme Freud et d’autres, explique que l’enfant, au départ, souhaite séduire sa maman s’il est un garçon, et son papa s’il est une fille. D’où la compétition avec l’adulte du même sexe, qui donne envie à l’enfant d’être fort comme papa s’il est un garçon, et beau comme maman s’il est une fille. Vient alors, vers cinq ou six ans, la notion de l’interdit de l’inceste, c'est-à-dire le fait de faire comprendre à l’enfant qu’il ne faut pas avoir une relation sexuelle avec ce parent qu’on veut séduire.

  Une fois que l’enfant a compris cela, alors, il peut grandir, se tourner vers une autre personne, et se bâtir. Sinon, il souffre beaucoup de n’avoir pas dépassé son œdipe.

  Or, comment mon petit Jimmy, si souvent embrassé sur les lèvres par sa maman, dormant avec elle, et partageant sa vie d’enfant avec elle, pourra-t-il dépasser son œdipe ? Cela me paraît complexe. Et je crois essentiel d’expliquer maintenant à mon petit Jimmy que ce n’est pas mal du tout d’embrasser quelqu’un sur la bouche, au contraire, mais il faut le faire avec quelqu’un qu’on aimera quand on sera plus grand, le faire avec quelqu’un avec qui on vivra plus tard, son amoureuse, comme un papa et une maman le font. Mais pas entre une maman et son petit garçon, pas entre un papa et sa petite fille.

  J’imagine que si Mei fait le contraire de ce que je lui demandais, tout en m’ayant dit, pourtant, qu’elle était d’accord, c’était parce qu’elle voulait me provoquer, et aussi parce qu’elle voulait montrer à son enfant qu’elle l’aime beaucoup. Mais Jimmy le sait sans qu’il soit besoin de faire cela. Et je crois qu’il n’est pas nécessaire de lui donner des baisers d’amant quand des baisers de maman sont déjà là. Parce que cela serait poser des problèmes dans sa valise, pour maintenant, comme cela s’est vu avec Laura et moi, et pour plus tard, dans sa façon de voir et de comprendre les femmes. Il y a déjà tant de difficultés à se comprendre, entre hommes et femmes. Un tel fossé ! N’en creusons pas, dès l’enfance, pour nos petits. Ils tomberaient dedans et se feraient mal, à cause de notre amour maladroit !

 

*  *

*

 

Lettre de papa à Jimmy, écrite avant la réconciliation avec Mei :

 

Cher petit Jimmy

 

  Depuis quelques semaines, tu es à Paris, et c'est donc très loin de moi, et plus difficile de se voir. Mais surtout, ce qui me manque, c'est de pouvoir te parler au téléphone, et comme vous venez de vous installer dans votre nouvelle maison, le téléphone ne marche pas. C’est pour ça que j’ai décidé de t’écrire une lettre, parce qu’une lettre n’a pas besoin de téléphone !

  Je voulais te dire que je sais que tu penses à moi, pas seulement parce que maman me le dit, mais parce que je le sens, j’ai même l’impression, quelquefois, comme ce matin, de t’entendre me parler, en quelque sorte, dans ma tête. J’espère que toi aussi tu m’entends penser à toi. Je pense qu’entendre quelqu’un à distance, ou, en tout cas, sentir que ceux qu’on aime pensent à soi, c’est une chose très normale, surtout quand c’est avec des petits enfants. Tu sais, les tout petits bébés savent nager quand ils naissent, mais en grandissant, ils oublient, et il faut qu’ils réapprennent à le faire quand ils ont quelques années. Eh bien moi, je pense que les petits enfants, et même pas si petits que ça, savent faire ce truc magique : entendre papa à distance et parler avec papa, même de loin, même sans téléphone ! Et je crois que pour qu’un papa entende, il faut qu’il soit resté un petit enfant, quelque part, dans sa tête, il doit lui rester un peu de quand il avait quatre ou cinq ans. Et moi, j’ai gardé un peu de mon enfance dans ma tête, et je suis heureux, parce que ça me sert à parler avec toi, et donc, à ne pas me sentir tout à fait coupé de toi, à ne pas croire que nous ne pouvons pas nous donner de l’amour.

  Un papa, c’est quelqu’un qui aide son petit garçon à devenir grand, qui lui dit comment ne pas se faire mal quand il avance dans la vie, et qui lui explique ce qui lui permettra d’arriver, tout seul, comme un grand, à être une personne pleine de joie, de rires, de force. Je m’occupe de toi, en te disant, au téléphone, ou quand tu viens à la maison, qu’il faut que tu manges, que tu fasses ceci ou cela, c’est une chose. Mais depuis ici, je veux dire, depuis ma maison, même quand tu n’es pas là, je te dis, dans ma tête, des choses plus importantes, qui sont, par exemple, qu’il faut aimer, et je vois bien que tu m’as entendu, parce que tu dis tout le temps que tu aimes, que ce soit maman ou moi.

 

  Chacun a sa façon d’aimer, toi, tu as déjà trouvé la tienne, comme quand, dans le bus de Paris, tu as dit aux gens qui étaient là : « Mais vous allez arrêter de faire la tête ? Pourquoi vous faites la tête ! Arrêtez ! »

  Ça, je suis très fier que tu l’aies dit, et ça ne m’a pas seulement fait rire. Parce que c’est une phrase qui veut dire, « mais soyez un peu contents, heureux, parler-vous, souriez-vous les uns aux autres. Aimez-vous. » Et ça, tu vois, mon petit ourson, c’est une des plus belles phrases, une des plus belles idées qui soient, bien plus que les magasins, la publicité, la télévision, et tout ce qui a l’air de briller, mais en fait, ce ne sont que des ampoules, des lumières électriques, et rien de cette lumière qu’on a tous à l’intérieur. Je suis très très content que la tienne brille si fort en toi, au point que tu la montres aux autres.

 

  Je suis très fier de mon petit garçon que j’aime, et je t’embrasse vraiment très très fort. Dès que le téléphone marchera dans ta maison, je t’appellerai, et on se dira de la lumière ! Plein ! D’accord ?

 

  A très bientôt !

 

Papa

 

*  *

*



* Tu as déjà mangé ?

Fin

 



retour au sommaire

Vos avis sur "Petit ourson"...

 

 

 

 

 

free hit counter