S.U.S Le dentier de Saddam

Parodie de SAS par Walther Pépéka

Dépot légal 2006, copie interdite.

Chapitre II

 

 

 

  Quelques heures après, enfoui dans les fauteuils en cuir de la Daimler officielle, Malku sentit venir une larme, que Milady sécha avec son mouchoir Lotus. Il était anéanti par la mort de son maître.

 

  L’autoradio Grandin à cassettes stéréo diffusait déjà en boucle l’annonce de la mort du général, s’étalant en gloussant sur son glorieux passé militaire.

  — Le général au cœur grand comme une baleine, inventeur du lasériseur de mouches (il avait été le premier à expérimenter un rayon capable de pulvériser instantanément jusqu’à cent vingt-quatre coléoptères en vol sans jamais les rater), celui dont nous attendions tant pour le secours de notre nation, nous a quittés tout à l’heure… se gaussait le commentateur, avide d’effets frappants.

  — Coupez-moi ça ! cria Milady à Fitz qui conduisait la limousine.

  Dans le ronron velouté du moteur, elle passait la main dans les cheveux de Malku avec douceur, maternellement. Le jeune Prince se laissait peigner mélancoliquement, ses sanglots rentrés lui dégoulinaient froidement sur les joues, comme un crachin de fin d’automne sur les vitres fêlées d’une cabane abandonnée.

  San-Milton passait doucement sa langue sur la prémolaire qui le faisait souffrir depuis deux semaines. Les médecins testeurs de la C.I.A. avaient limé l’émail pour l’accoutumer à la souffrance.

  Crash, lui, avait déjà effectué le stage contre la douleur, et en était sorti major de promotion. San-Milton attendait autre chose avant de terminer lui-même ce stage : une ablation du bras gauche, suivie d’une greffe du même membre le lendemain. La technique était parfaite, on ne voyait aucune cicatrice, et en plus, on avait le temps, en laboratoire, de charger les muscles en carbo-tungstène pour multiplier leur force par dix au moins.

 

  Pour le moment, ce qui le chagrinait, c’est qu’il ne pouvait serrer les dents pour atténuer les élancements dans sa mâchoire en carénage de locomotive à vapeur.

  — A quelle heure part l’avion ? demanda-t-il d’un ton rogue.

  — Une heure, fit Milady.

  Elle lui faisait front, car la Daimler était présidentielle. Elle disposait de deux sièges à l'arrière, en face à face.

  — On a le temps… dit Crash, assis aussi à l’arrière.

  San-Milton, prenant avec lui toute la place sur la banquette, asticotait un gros pansement sur le pouce de sa main droite. La veille, il avait été pris sur le fait par sa grand-mère en train de voler un pot de confiture dans un placard, et, de saisissement, il s’était reculé si vite que le pot était tombé, et le verre brisé lui avait fait une entaille profonde sur le pouce. Cela le handicapait pour jouer aux dominos piégés avec Crash, qui en avait largement abusé, gagnant éhontément trois mille balles de mitrailleuse lourde sur sa provision de guerre !

  Il pensait au moment où il pourrait prendre sa revanche, quand la Daimler freina brusquement, le projetant la tête la première dans les seins de Milady.

  Les ressorts de la suspension antédiluvienne les secouèrent comme de la pulpe dans une bouteille d’Orangina.

  — Toudebleu(1) ! s’écria Fitz, le visage balafré d’une marque de stupeur entre les deux yeux.

  Sur le chemin, un half-track les attendait, le lance-missiles braqué droit sur eux ! Si Fitz ne l’avait pas aperçu entre les feuillages de la forêt, au prochain virage, ils auraient tous rejoint leurs ancêtres sans avoir eu le temps de dire ouf.

  Le half-track finissait de se caler sur sa cible. Sur ce petit chemin bordé d’arbres, impossible de les rater, ils étaient visibles comme Raymond Barre dans un couloir de HLM !

  Le missile, dans une déflagration de quatorze juillet mêlée d’un sifflement de bouilloire en folie, creusa un sillon d’étincelles aveuglantes entre les troncs pourris.

  San-Milton et Crash avaient mis à profit tout ce qu’ils avaient appris à l’école : ils avaient déjà bondi hors du véhicule, portant Milady et Malku par la taille. Crash jubilait ! Cette fois, il avait eu le bon réflexe à temps.

  Ils savaient que le blindage en pyrythonite-kevlar double couche pouvait résister à tout sauf au Stinger qu’ils avaient aux fesses. L’impact, d’une violence inouïe, éventra le pare-brise en cristal de Bohème renforcé, ravagea les cuirs de race en une fraction de seconde, pour transformer la respectable limousine en brasier.

  Sans un cri, Malku avait déjà garni le magasin de son lance-pierres extra plat, et tiré deux salves nourries, qui allèrent se perdre dans le chemin caillouteux.

  Ils avaient tous les trois atterri dans un fossé plein de vase, et pataugeaient comme dans un pot-au-feu de province froid et trop cuit.

  — Lâche-moi, Crash ! hurla Malku.

  Suffoquant sous le bras du gorille, il ne pouvait viser le half-track. Les deux gardes du corps étaient sourds et muets, ils avaient commencé à balancer la purée dans tous les sens comme des destroyers de la dernière chance.

 

  L’Uzi lance-grenades de San-Milton rougissait sous la chauffe, à force de tirs efficaces comme à Hiroshima. Crash, lui, bandait et rebandait son arc à flèches explosives au curare, et visait méthodiquement les chenilles du half-track.

  Milady gisait inanimée dans la fange, le chignon en flammes, les jupes retroussées sur ses jambes callipyges.

  Malku reprenait ses esprits, pour voir le camion éventré répandant ses entrailles, dans une fumée plus noire que les cuisses de Danny Glover. Les deux assaillants avaient vécu, cul par-dessus tête, pêle-mêle sur les débris de métal kaki.

  — Ça suffit ! dit Malku. Ils ont eu leur compte !

  Crash et San-Milton, résignés, rangèrent leurs armes. 

  Une seconde plus tard, affichant la satisfaction d’un travail bien fait, ils se tenaient debout, les bras en croix sur leurs complets clairs. En les croisant dans la rue, on n’aurait jamais soupçonné qu’ils portaient un tel arsenal sous leurs gilets de flanelle verte. Ils étaient impeccables, à part les taches de boue.

  Malku songea que même lorsqu’ils transpiraient, ils devaient sentir bon.

  Un démon passa, en chantant sous la douche.

 

  Un voile d’angoisse passa soudain sur le visage du Prince Lange. Il venait de repérer, dans un buisson d’aubépine Willemse, un objet noir et fumant : la chaussure de Fitz ! L’intérieur en était si cramoisi qu’on ne pouvait plus lire la marque, mais connaissant l’homme, il devait s’agir de mocassins Beryl. 

  En fouillant fiévreusement les fourrés, il trouva le portefeuille du majordome, en vida le contenu sur le sol. Une photo du pape en tomba, ainsi qu’un de ces fameux billets de trois cent cinquante dollars, de ceux que la C.I.A. avait fabriqués pour en inonder le marché du Congo belge en 62, afin de les échanger un par un contre deux vrais billets de cent soixante-quinze dollars.(1)

  C’était tout ce qui restait du pauvre homme. Milady ne valait guère mieux, malgré les efforts de San-Milton pour la réanimer. Il lui pompait le cœur vigoureusement, de ses deux mains larges comme des côtes de bœuf, quoique la gauche fût un peu plus petite, et fît plutôt penser à une côte de veau.

  Malku se précipita.

  — Des chances ?

  — Elle respire ! ahana San-Milton.

  Malku soupira. D’abord le général, ensuite son fidèle Fitz... La rage lui remonta dans la gorge comme un œuf pourri sur un jet d’eau à la fête foraine.

 

  Il aurait voulu, à ce moment précis, tenir Saddam junior entre ses mains, et lui faire payer ce goût de cendre froide qu’il avait à la bouche depuis une minute.

  Crash, pendant ce temps, inspectait la carcasse du half-track, retournait tout, posément, consciencieusement, comme on vide une villa sur la Côte hors saison, en emportant jusqu’au dernier bouton de porte.

  Milady recracha soudain l’eau froide et fétide. Elle était hors de danger.

  — Ça y est, Prince, elle revient ! cria le sauveteur.

  Mais une autre voix lui répondit des frondaisons :

  — Ohé ?

  Ils découvrirent Fitz, pendu à une branche, juste au-dessus d’eux !

  — Fitz ! hurla Malku, écœuré de bonheur.

  — Que le petit Monsieur me pardonne, je crois bien ne pas avoir réagi à temps… se lamentait le domestique.

  Il lui manquait une jambe et un bras, mais il tenait bon.

  — Ce n’est rien, Fitz, Crash monte vous chercher !

  Mais, souple comme un orang-outan, San-Milton avait déjà grimpé dans l’arbre, et saisissait le majordome à bras-le-corps.

 

*  *

*

 

  Dans l’avion pour Bagdad, Malku n’arrivait pas à dormir. Même les masques pour les yeux en soies de sanglier, spécialement distribués au petit commando qu’il formait avec Crash et San-Milton, ne suffisaient pas à calmer les mouvements de paupières frénétiques du jeune Prince.

 

  Le ronronnement des réacteurs qui d’habitude le berçait ne faisait que lui titiller les sangs. Crash ronflait, tranquille comme un B-52 larguant ses bombes au napalm au-dessus de Saïgon. San-Milton, la tête penchée à angle droit sur son épaule carrée, dormait comme un Pinocchio cassé, en jappant. Il devait être en train de continuer son cauchemar, qu’il avait raconté la veille à Malku : « J’étais dans une énorme bonbonne de bière, et un ogre gigantesque avec une tête de chanteuse de Star Academy, pariait avec une bande de terroristes qu’elle allait boire la bonbonne cul sec, moi compris. La walkyrie prenait le goulot à deux mains, le portait à sa bouche, et je voyais très bien ses amygdales, grosses comme des projectiles de paint-ball. J’étais précipité dans son goitre, et je sortais illico de son vagin, mais j’avais tout d’un coup un sexe ridicule, plus petit que celui de mon neveu de quatre ans ! C’est là que je me suis réveillé, en sueur, terrifié ! »

Ensuite, le gorille avait confié au jeune Prince ses angoisses, lui demandant son avis sur ce rêve.

  Malku sourit en coin en revoyant le visage stupéfait, atterré, du gorille, lorsqu’il avait répondu que c’était un rêve d’homosexuel refoulé.

 

  Mais cette image s’estompa vite, et il redevint bougon. Les vols d’Air France, qu’il prenait toujours d’ordinaire avec plaisir, n’étaient plus ce qu’ils étaient. Il avait reçu les billets en classe VIP par porteur spécial, avec la réduction pour personnes âgées que la C.I.A. parvenait toujours à leur dégotter grâce à des relations bien placées, et il s’attendait à un voyage reposant, avec, comme d’habitude, la fameuse timbale de foie gras, les louches de caviar, assorties d’une bonne bouteille d’huile de foie de morue « La Villageoise ». Au contraire, à son arrivée à l’aéroport, le personnel de la compagnie avait débrayé, et pour pouvoir assurer sa mission, il avait dû accepter d’être parachuté en classe économique.

  Il ne comprenait pas. C’était bien la première fois qu’Air France était en grève !

  Il souleva le masque pour jeter un coup d’œil circulaire. Gêné, il détourna les yeux du clochard qui l’observait avec un sourire goguenard empli de dents jaunes, à l’autre bout du rang de fauteuils étriqués et aux couleurs fades comme un jour sans gambas. Le parfum aigre de l’homme, un mélange de vin passé, de brins de tabac froid roulé et de papier Le Zouave, outrageaient ses narines ultra sensibles.

  Il referma les yeux pour se concentrer sur l’image du minois de la marquise Canelle de Hautepierre, son arrogante voisine, à qui il aurait volontiers dit deux mots dans un buisson du château, histoire de calmer ses nerfs, tendus comme des sparadraps sur les joues d’une mamma italienne. Gavée de carbonara.

 

  Mais l’angle de sa pensée changea brutalement de cible pour dévier sur une question inquiétante : pourquoi, tout à l’heure, dans la Daimler, au moment de l’attaque, l’élastique de son slip, qui lui avait si souvent sauvé la vie en se relâchant pour le prévenir des dangers, était-il resté inerte ? Il se réconforta en mettant cela sur le compte de l’émotion. Peut-être ne s’en était-il pas rendu compte, tout simplement ? Il préférait ça à l’idée de ne plus disposer de cet atout, car la mission allait être chaude, et il allait avoir besoin de ce sixième sens que les autres barbouzes de l’école lui enviaient !

  Il avait, depuis le matin, repris du poil de la bête. Cependant, il voyait sans cesse défiler les images éprouvantes de la journée devant ses yeux. Les clichés figés se succédaient, manipulés avec l’adresse d’un prestidigitateur dans la fabuleuse mémoire de Malku. Il voyait les jambes de Milady, griffées par les ajoncs, et mordues peu après l’attaque du half-track par un serpent venimeux, caché dans les broussailles. Il la revoyait, alors qu’elle arrivait aux urgences, les yeux hagards, grands comme les bouches d’aération du Titanic. Puis la goutte de sueur sur le nez en rocher de Monaco de San-Milton, portant le majordome qui perdait son sang par litres. Et les Rangers de Crash, bottant à les briser les portes vitrées de la clinique secrète pour y entrer en trombe, en tenant Milady par la taille. Il revoyait, sur les Rangers, ce détail horrible : une limace écrasée, se tordant de douleur.

  Il se revoyait lui-même, Malku, harassé, fourbu, constatant dans le miroir que sa raie sur le côté avait disparu dans ses cheveux blonds jetés dans un affreux désordre.

  Il sortit de sa rêverie. L’hôtesse lui apportait le plateau repas. Il eut peine à retenir un cri, tant elle était ordinaire ! Ses cheveux bruns, sans fantaisie, tombaient sur un visage de vendeuse de chaussures Bata, où s’affichait, comme pour un bal-musette, un sourire pâle et factice, tout à fait impropre à la consommation. C’était aussi le cas du repas. Un morceau de boudin Fleury Michon brûlant s’écrasait en pétant après l’agression du micro-ondes sur une purée blanche et liquide, dans laquelle surnageait une cerise, tombée sans doute d’un plateau à dessert voisin.

  Il donna une pichenette à la cerise avec dégoût, et repoussa le plat, qui tomba à la renverse sur les jambes de Crash. Le gorille ne se réveilla même pas, habitué qu’il était à la douleur. Mais il cessa de ronfler, au grand réconfort de Malku, qui finit par s’endormir, l’estomac vide, la tête pleine de boudins noirs boursouflés, en forme de points d’interrogation.

 

  San-Milton fut tiré du sommeil par une forte envie, qui le conduisit droit vers les toilettes. Il s’y enferma comme dans un bunker, pour en ressortir une demie heure plus tard, dépité. Le distributeur de papier était vide, il avait dû s’essuyer les mains avec des billets de mille dollars, qu’il mit à sécher sur l’appui-tête de son fauteuil en revenant à sa place. Son arrivée pesante ne réveilla pas Malku. Il rêvait de la jolie marquise de Hautepierre, qui le toisait effrontément du haut de ses seize ans. Son teint pâle, sous des taches de son, lui venait de sa mère, rousse comme la fille d’un roi viking. Cette pâleur n’avait d’égale que la finesse de sa peau, et Malku, plus d’une fois, avait cru la voir rosir à son approche, sous les prémices du désir.

 

  Un violon se mit à jouer une mélopée sensuelle, comme Malku voyait naître sous ses pieds un champ de coquelicots, à l’arrivée de la cavalière. La monture piaffait tout près, dans un cliquetis de harnais et d’étriers qui le faisait penser aux dieux du Walhalla, trinquant un vin argenté dans des crânes humains aux dents de cristal.

 

  Le poil luisant de la monture, après l’effort, la lumière dorée sur les longs cheveux auburn, sur les jambes galbées et interminables, dans les sévères bottes de cuir noir, la cravache sertie de deux diamants, brillants comme la rosée sur un pétale de plante carnivore, la bombe noire et lustrée, bourdon étalé sur le dos au soleil, tout cela était digne d’un Hamilton ayant vendu son âme à Julien Dorcel. Le ciel bleu, taché d’améthyste, teintait de reflets soyeux la robe vaporeuse que la marquise avait dû voler à un songe de Monet, et qui caressait les courbes, le corps gracile aux bras nus comme des vers. Malku se sentit plus léger, surplombant les aubépines et les brins de blé juvéniles, pour venir à la rencontre des yeux couleur arc-en-ciel. Les lèvres de la jeune fille, qui affichaient d’ordinaire une moue affriolante sous un Helena Rubinstein tapageur, s’adoucissaient en rubans grenat et satinés, portés aux nues par la clarté du soleil fondant sur sa frimousse virginale. 

  Ses dents blanches se découvraient dans un sourire enjôleur, un peu pointues, comme les crocs délicieux d’une chatte siamoise en chaleur.

 

  Les mots qu’ils échangèrent dès qu’ils furent en contact repassaient à l’envers, mixés avec ceux qui sortaient dans l’autre sens de la bouche de Malku, en osmose avec les gestes, et les images flash de corps nus rugissant de plaisir. La marquise Canelle lui fit un clin d’œil éloquent, juchée sur la jument en nage. L’odeur musquée de l’animal étoffait celle, printanière, des genêts, et s’empourprait de celle, prunée, de la jeune fille. Fragrance torride, bestiale, qui mit tout à coup Malku dans tous ses états. Il était dur comme une bombe de Mennen pleine !

 

  La jeune fille tendait maintenant la main au Prince électrisé, muette invite à monter en croupe, promesse de moments plus charnels encore. De tout son être, Malku, comme un petit rat d’opéra, volait vers la diablesse qui, incommodée sans doute par la chaleur, déboutonnait sa robe callipyge, dévoilant un sein brûlant, rose comme une sucette de fête foraine. Et couronné d’une Framboisine en érection, de laquelle s’écoulait une goutte transparente de lait maternel.

 

  C’est à cet instant que Malku se fracassa le visage contre les étriers.

  — Prince ! Réveillez-vous !

  C’était San-Milton qui le giflait proprement, de ses deux mains larges comme des raquettes de tennis, quoique la gauche, plus petite, fît davantage penser à une grosse raquette de ping-pong. Malku épongea le mot de Cambronne qui allait jaillir de ses lèvres, car le gorille venait justement de poser un de ses puissants battoirs sur sa bouche. Il réalisa que San-Milton chuchotait, au lieu de crier, et cela l’intrigua assez pour comprendre l’imminence d’un danger. Cela se lisait dans les yeux de l’armoire humaine, anormalement excitée. Son compère, béat, dormait toujours, un poing sur l’accoudoir, l’autre dans son pantalon.

  Malku eut à peine le temps de ressentir une pointe de jalousie, en pensant que Crash était peut-être en train de poursuivre son rêve inachevé avec la marquise, car il vit passer devant lui, dans le rang de droite, une silhouette alarmante.

  — Regardez ! dit doucement San-Milton, en montrant la bosse sous le pardessus, d’un mouvement de son menton en table à repasser.

  Malku, soudain saisi d’angoisse, porta la main à l’élastique de son slip. Il poussa un « Ouf » de soulagement. Ca marchait toujours, il y avait du danger !

  — Kalachnikov ? murmura-t-il, les muscles soudain raidis, comme des croquettes de poisson Thiriet encore surgelées.

  — Non. Mais c’est une arme.

  San-Milton, comme un Terminator avec des piles Duracell toutes neuves, évaluait les risques, la puissance de feu nécessaire, et les pertes probables. Il tordait et retordait en geignant ses doigts, calibre saucisse de Morteau, en pensant au rutilant 357 magnum chromé, tout neuf, qu’il avait reçu pour sa communion(1), inaccessible au fond des soutes, dans la valise diplomatique.

  Crash battait la mesure tout en dormant. Le casque Stax qu’il avait sur les oreilles diffusait La danse des canards version latino.

 

  Même en rêvant, cela le ramenait des années en arrière, et le plantait au beau milieu de ses racines portoricaines, comme une fourchette dans la purée Vico du menu répandu sur ses hanches, qui commençaient à se trémousser en rythme. Malku pensa que le gorille frisait l’attentat à la pudeur, à gigoter des fesses ainsi, avec ce sourire idiot, une main dans son pantalon.

 

*  *

*

 



(1) Juron suisse qui veut dire quelque chose comme "Damn'it!".

(1) Lire S.U.S. n° 9 Le portefeuille de Saddam.

(1) Lire S.U.S. n° 32 Le flingue de Saddam.

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