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Chapitre
I
Du haut des collines qui surplombaient
Bagdad, on embrassait tout l’horizon, sans pour cela avoir besoin de mettre du
rouge à lèvres Diorific. La ville, massée comme un banc de colins Picard, était
sillonnée de fines artères, charriant un flot de badauds ininterrompu. On
distinguait même les grands boulevards, du sommet de l’Al Igothay, la plus
haute montagne de l’Atlas Irako-Kurdistanais après le Kilimandjaro. Et l’avenue
Al Allah, qui traversait toute la cité d’est en ouest, la coupant en deux comme
on partage un fromage à raclette Entremont. Tous les bâtiments officiels s’y
trouvaient.
Dans
la mégapole, les buildings gris semblaient cuire dans un four à pyrolyse
Scholtès. L’air sortait brûlant des toits, dansant comme des Gitanes
transparentes. On aurait pu palper et fumer la canicule… Sans filtre. Les
rayons du soleil rebondissaient, surmultipliés, sur le sable alentour, plus
chaud que Sylvia Kristel. A griller un feu rouge !
Sur
la droite, on distinguait les colonnes et le minaret immense du C.D.J., où Saddam entassait les opposants au
régime, comme un Suisse Allemand moyen empile ses lingots dans une banque
zurichoise.
Les
cheminées des usines à décapsuleurs vomissaient leur fumée âcre et noire sur
les façades des immeubles. Fonçant le décor déjà triste comme un accord final
de symphonie pathétique.
Le
glouglou bouillant des pipe-lines, bourrés de pétrole sous pression, couvrait
presque le bruit de la circulation, constituée de soixante-quinze pour cent de
gros bus crasseux Lada et de vingt-cinq pour cent de mobylettes Peugeot 103 et
autres Solex rhumatisants. Parfois, la
Rolls d’un nabab écrasait un piéton ou un motocycliste.
Rétablissant l’échelle des valeurs. Le chauffeur changeait alors les pneus
souillés en se pinçant le nez et en bougonnant, pendant que l’émir tapait du
talon sur le plancher de sa Silver Shadow. En attendant que ce soit enfin
terminé.
Descendant davantage dans la ville, on voyait
pointer les canons à chaque fenêtre, aussi nombreux que les drapeaux français à
Paris, un quatorze juillet. Chaque citoyen avait appris dès la prime enfance
« La Bagdadaise »,
l’hymne irakien. Qui n’avait aucune parole, pas plus qu’elle ne nécessitait une
portée musicale. C’était un air qui se chantait avec des obus. Plus on en
tirait, moins les autorités trouvaient qu’on chantait faux. Le Marakoubrah contrôlait tout. Le plus important,
aux yeux du gouvernement, était que les obus soient halal.
Un
peu plus loin, en suivant l’avenue Al Allah, on croisait le cours Al Abel, dont
les bâtiments étaient à dominance bleue. On tombait alors sur le seul jardin de
Bagdad, un square de dix mètres sur dix où Crash et San-Milton auraient à peine
pu entreposer un cinquième de leur matériel de bodybuilding. Néanmoins, les
plantations y étaient harmonieuses. Un acadicus gigantis à écorce oligophène
étalait son haut feuillage callipyge sur un parterre de polyficum orchidæ, dont
les fleurs violettes formaient un élégant tapis odorant. Malheureusement,
empoisonné.
A
quelques pas, vers la droite, après la petite rue Al Halimit, surgissaient du
bitume les deux palais de Saddam père et fils. Celui du fils avait été
construit à sa naissance. Il était en forme de landau, et, au centre, une haute
et fine tour se terminait par une énorme boule d’or, le tout faisant penser à
un hochet. Marque d’amour d’un père à son descendant mâle et successeur, le
palais du dauphin semblait fait de sucre d’orge, tout de rose et d’argent, enluminé
à l’extrême. Il jurait franchement avec le reste des constructions, et surtout
avec l’imposant palais présidentiel, monolithique et bétonneux, qui le
côtoyait.
Quand
il s’agit de leur rejeton, même les dictateurs ont un cœur dans leur poigne de
fer, à la place du poil.
Au-delà des barbelés et des grilles, les
fenêtres du palais coloré égayaient les murs jaunes, aux senteurs de pain
d’épice et de harissa. De l’une d’elles, particulièrement, un bruit
perçait, qui brisait l’apparente quiétude environnante.
Des
hurlements de femme. Des fracas de meubles et de verre brisé.
A
l’intérieur, Glog, l’homme de poing de Saddam junior, son tueur assermenté,
était en train de rouer de coups Amshra Sankir. Mais pas un passant ne tiquait.
Au contraire, à entendre les terribles chocs, on pressait le pas en serrant
plus fort sur son cœur son sac Longchamp, ou, si on était accompagné, on
toussait à tue-tête en se racontant la dernière de Rachid et Fatima. En
souriant de toutes ses dents en or.
Pourtant,
les cris sauvages de la jeune femme, la terreur qui suintait d’elle, avaient de
quoi donner la chair de poule à un canard laqué !
Les pieds sur son bureau, Saddam junior
contemplait la scène, attentif à chaque coup donné par la brute.
Glog
fit un quart de tour à droite, puis pivota brusquement, poing en avant, d’un
autre quart de tour à gauche. Explosant la pommette d’Amshra. Striant le mur de
rouge. Elle émit un gargouillis affreux en tombant. Ouvrant des yeux horrifiés
vers ses deux canines qui gisaient sur le plancher, à un centimètre de ses yeux
boursouflés. Cette fois, elle était défigurée des deux côtés. Folle de douleur,
elle réalisa que même le meilleur masque régénérant de Clarins ne pourrait plus
jamais l’aider à sauver la face. Elle n’oserait plus reparaître devant son
petit ami. Même morte.
L’énorme
tueur la saisit à la gorge, la relevant sans plus d’effort que si elle avait
été un sac plastique de chez Tati vide. Il la fit se mouvoir au bout de son
bras gauche tendu, calculant l’angle du coup qu’il allait porter.
Il
n’y avait plus grand-chose d’intact sur le visage d’Amshra Sankir.
Il
recula son poing droit pour frapper, sous le regard bienveillant de son patron.
A l’instant où son biceps allait se détendre, pour mettre un point final à la
vie déjà vacillante de la jeune femme, il s’interrompit pour pousser un
grognement. Saddam junior lui-même sursauta dans son fauteuil.
Un bruit sourd venait de résonner dans le
couloir, de l’autre côté de la porte.
* *
*
Avant de se retrouver, hors d’haleine, dans
le bureau du colonel Bouzsjdbeck, Luigi dalla Chiesa
avait eu à faire face à une situation doublement stressante, et nous devons sur
ce point quelques explications à nos lecteurs.
A l’instant où il avait vu « Virtual Dub » Monkey, son videur, saisir
au collet un de ses clients à l’entrée de son cabinet de voyance, il avait
voulu ouvrir la porte, et se ruer au secours de la victime. Mais c’était
oublier que l’issue avait été fermée à clé, à sa propre demande. Il en était à
glapir un retentissant « Mamma mia ! » en moulinant de ses longs
bras fins comme des tuyaux d’arrosage Gardena, quand un flash terrible le
surprit. Il était pourtant habitué à ces visions extatiques, arrivant sans
prévenir, et qui lui dévoilaient l’avenir de ses consultants. Mais celle-ci
était terrifiante. Il vit surgir le général Boll devant lui, comme un
hologramme, réaliste à presque pouvoir le toucher !
Le
pauvre était agenouillé, une lourde chaîne au cou, une barre de fer plaquée
dans son dos pour maintenir ses deux bras prisonniers, ligotés en arrière. Le
visage plein d’ecchymoses. Le béret tombé au sol, froissé, souillé, dans le
sang répandu sur le ciment d’une cellule pestilentielle.
Il
avait vu ensuite une foule le pointer du doigt, l’accuser de trahison, de
s’être vendu à l’ennemi. Il l’avait vu marcher à la potence, qui ressemblait en
même temps à une chaise électrique, et tout autant à la guillotine. Et puis,
par-dessus cette abominable image, il avait vu, en lettres d’or en relief, se
superposer le mot « Innocent ! ».
Et
l’instant d’après, il avait aperçu un mâle visage qu’il ne reconnaissait pas,
des yeux décidés, le cheveux brun et ras, vêtu d’un uniforme de haut
gradé, à côté d’un cheval bai. Un visage souriant. Sur sa poitrine, il y
avait une étoile très brillante. Le regard magique de Luigi dalla Chiesa avait
zoomé sur elle. Et il avait pu lire, en tous petits caractères gravés dans le
métal, cette phrase : « A mon sauveur, le général Boll, éternellement
reconnaissant. »
Et
la vision avait stoppé d’un coup. Tout était retombé dans le silence. Ou
plutôt, dans les cris de son client, que « Virtual Dub » Monkey
massacrait consciencieusement à l’extérieur.
Luigi
comprit qu’il fallait agir immédiatement. Et Tant pis pour ce client-là.
D’ailleurs, à force d’en réduire le fichier comme peau de chagrin,
« Virtual » allait peut-être finir par l’acculer à reprendre du
service à l’école J.J.O. !
Dans
ce cas, il fallait absolument courir dare-dare au secours de son ex-supérieur.
Mais
ce n’était pas seulement l’opportunisme qui poussait le suisse italien à tenter
quelque chose. Il avait une réelle sympathie pour le général, et il avait senti
que l’officier la lui rendait bien.
Luigi
dalla Chiesa prit son fauteuil de ministre, et entreprit de le faire rouler
jusqu’au minuscule vasistas K par K qui constituait sa seule issue de secours.
Il
était maigre. Très maigre. Mais l’était-il assez pour passer à travers cette
toute petite ouverture ?
-
Quand la tête passe, tout passe, se dit-il, ayant réussi à avancer tout son
crâne dans le trou.
Il
se contorsionna pour faire glisser dans le cadre de PVC ses épaules aussi
filiformes qu’un cintre de chez Verbaudet. Mais au bout d’un moment, l’affaire
devint impossible.
Il
tenta de revenir en arrière, mais s’il pouvait s’appuyer, pour sortir, sur le
dossier de son fauteuil solidement conçu par Marcel Troudbal, il n’avait aucun
point sur lequel imprimer un mouvement pour revenir à l’intérieur.
Il
était bloqué.
La
seule solution était d’attendre qu’un passant arrive devant la fenêtre, et
de lui demander de l’aide. Mais l’ouverture donnait sur une ruelle très peu
fréquentée. Le bureau avait été ainsi construit, avec une poterne partant d’une
chambre, et sortant de l’autre côté du bâtiment. Pour offrir au médiumissime la
possibilité de s’éclipser en cas de visite de la police, ou des fonctionnaires
des finances.
Il
pouvait attendre des heures, dans cette position !
Il
réalisa soudain que « Virtual Dub » Monkey était dehors, et qu’en
criant très fort, il avait une chance d’être entendu de lui. Mais quand le
gorille tapait, il était sourd, jusqu’à ce qu’on brandisse une bande dessinée
Strange ou Surfeur d’Argent sous ses yeux.
Lors
de ces crises, Luigi avait tout essayé, les cris, les coups, l’électricité,
même le jet d’eau du Kärcher à pleine puissance mais rien n’avait marché, à
part ça. C’était le seul point faible du « lion », quand il était
lâché.
Luigi
avait une petite chance, néanmoins, que le client ait réussi à s’échapper, et
que « Virtual Dub » Monkey, soufflant, grognant, finisse par ouvrir
ses oreilles. Il allait hurler quand il vit deux silhouettes s’avancer dans la
ruelle.
Il
aurait voulu bondir de joie, mais il ne pouvait presque plus bouger.
Au
moment où il allait les héler, son pouls monta à cent cinquante.
Il
venait de reconnaître son percepteur d’impôts et l’huissier qui l’accompagnait,
que son gorille avait vidés sans ménagements, quelque temps plus tôt. Ils
s’approchaient dangereusement… Luigi commençait à entendre leur conversation.
Il
ne voulait surtout pas perdre la face. Ils en auraient profité, le voyant en
position de faiblesse, pour lui réclamer les arriérés.
Il s’immobilisa, comme une tête de cerf empaillée au mur du grand salon de
Buckingham Palace.
-
Tout de même, disait l’huissier, vous ne voulez pas faire donner les
gendarmes ?
-
Non, non, vous avez vu comment il a plié ma voiture ? Et puis, j’ai une
réputation. Que penseraient les gens s’ils apprenaient qu’un agent des impôts a
pris une déculottée pareille ? Ils prendraient tous des gardes du corps,
je vous le dis. Ça leur coûterait moins cher d’ailleurs ! Et alors, les
recettes, pffuuit !
-
Mais, tout de même, nous n’allons pas nous avouer vaincus. Par derrière, il y a
cette issue que je voulais vous montrer. Les gendarmes pourraient entrer par
là !
-
Et après ? Vous avez pensé à APRES ? gémit le fonctionnaire des
impôts. Ils me connaissent, ces deux lascars, j’habite juste à côté. Vous, vous
pouvez parler, vous êtes de Berne, alors…
Luigi entendait claquer les dents du
contrôleur. Intérieurement, il sourit. « Virtual » avait de bons
côtés, quoi qu’on en dise…
-
Je suis de Berne, peut-être, reprenait l’huissier, qui n’avait pas eu
l’occasion de se frotter assez longtemps au bibendum du cabinet de voyance pour
adopter un profil bas, mais je connais le droit, moi, et je… Oh !
Regardez ! Quelle mégalomanie !
Il
pointait son doigt vers le buste de Luigi, sortant du mur. Immobile comme une
statue.
-
Ca c’est inouï ! siffla l’inspecteur. Une effigie de lui, en cire, comme
enseigne ! Il y en a qui ne doutent de rien !
-
C’est assez ressemblant… fit l’huissier, en se grattant le menton.
-
Oui, quoiqu’un peu rougeaud, mais il y a le souci du détail. On voit même comme
qui dirait des gouttes de sueur…
- C’est fou, on jurerait qu’il se
concentre à mort pour faire une divination !
- Pardon, je trouve que c’est raté,
de ce côté-là. On dirait plutôt qu’il une envie très pressante…
-
Dites-moi, suggéra l’autre, pris d’une soudaine inspiration, on ne peut pas le
coincer sur ses revenus, certes… Mais on pourrait peut-être le faire sur le
plan des droits à l’urbanisme.
-
Je ne vois pas ce que...
-
Il n’a pas demandé l’autorisation pour construire et placer là cette horrible
statue. C’est un quartier protégé, ici, monuments historiques ! Alors, on
pourrait faire de fausses lettres de voisins plaignants, et ensuite…
-
Et ensuite, ce serait le maire qui saisirait les instances compétentes !
-
Eh oui, et nous n’aurions plus l’affaire sur les bras.
-
Ce ne serait que partie remise, cher collègue ! Car le maire, ici, peut faire
valoir son bon droit sans enflammer la presse. Et alors, si le bonhomme est
coffré…
-
Car il le sera bien sûr.
-
Il résistera !
-
Voie de fait sur agents !
-
Crac dedans !
-
Et là…
-
Oui, c’est là que nous reviendrons à la charge...
Luigi
n’entendit pas la suite. Les deux hommes avaient tourné au coin de la rue.
Il
attendit encore un moment, scrutant le silence.
Pour
ne pas faire retourner les fonctionnaires sur leurs pas. Rassuré à l’idée
qu’une fois sorti de sa fenêtre, il n’exposerait plus rien dans la rue qui
puisse lui être reproché par la mairie.
Ces
deux pâles conspirateurs en seraient réduits au ridicule. Et à un cuisant
échec.
-
Virtouaaaaal ! Virtouaaaaaaaaaal ! hurla-t-il enfin.
Après
un instant, il vit surgir le gorille au bout de la ruelle. Il avait reconnu la
voix de son maître, et accourait comme un bon toutou de chez Pathé Marconi.
-
Qu’est-ce que t’as Luigi ? gronda-t-il, essoufflé d’avoir couru jusqu’à
lui. Qu’est-ce que tu fous ?
-
Sors-moi dé là, grinça la girouette vivante. Et d’abord, qu’est-cé qué tou as
fait dou clienté ?
-
Il m’a filé entre les doigts. Il avait une Yamaha FJR 1300 AS. Ca va vite une
Yamaha FJR 1300 AS. Tu veux que je lui coure après ?
-
Ma cazzo, ma qué palé, ah, tiré-moi dé là, qué yé sens plou mes yambes, allez,
Madonna mia, tire, yé té dis !
Le
bonhomme Michelin vivant tira Luigi dalla Chiesa de son piège. Sans effort
apparent. Mais à la sortie, le médiumissime, grimaçant, aurait affiché au moins
quatre centimètres de plus sur un mètre de couturière, offert par les machines
à coudre Brother.
-
Béné, ça né fait rien ! Mainténant, Virtoual, tou va dans mon boureau, tou
ouvres l’armoire dé droite, y’a pas la clé, c’est pas grave, tou fractoures, et
tou té sers. Dédans, il y a toute ta collection dé Strange magazines, qué yé
t’avais confisquée.
-
Ah ouais ?
-
Si, Crétino, et allora, tou fermes la porta dé l’agenzia, tou té claquémoures
dans mon boureau, et tou lis, tou lis, touté la yournée si tou veux, ma, per
favoré, tou n’ouvres… A PER-SON-NA ! Capito ?
-
Euh, ouais. Mais répète plus doucement, Luigi, steplaît ?
Quand « Virtual Dub » Monkey eut
saisi toutes les subtilités du discours tenu par son associé et patron, il
fonça vers le bureau comme un 4X4 Porsche Cayenne laissant les trois quarts de ses
pneus BF Goodrich sur le bitume. Les yeux plus clignotants qu’un arbre de Noël.
Luigi s’en alla rassuré. Au moins, pendant
son absence, rien n’arriverait aux clients.
C’est en nage qu’il avait bondi dans le hall
de l’école Jean-Jacques Oubien. Il avait couru comme un dératé pour essayer
d’empêcher l’arrestation du général Boll. Mais il était arrivé à l’instant où
on l’emmenait, menotté, vers le « petit coin ».
Il
s’était affalé sur une banquette, le cœur battant, avec un terrible
sentiment d’impuissance. Comment faire pour aider le patron du service
Action Muscles ?
Il s’était mis à déambuler dans les couloirs,
en quête d’inspiration, ou d’intuition, espérant un nouveau flash, ou un signe
qui l’aurait mis sur la voie.
Mais
rien.
En passant devant la machine à café
Selecta, il se dit qu’il en prendrait bien un. Il appuya sur le bouton
correspondant à la nouvelle version de café pur arabica additionné d’huile de
foie de morue « La Villageoise », dont la télé rabâchait que c’était
un miracle, et que ça multipliait les orgasmes.
En effet, quand il eut descendu dans son
gosier le contenu brûlant du gobelet, il se sentit un autre homme. Et son
regard accrocha une série de photos Agfa sur le mur. Des clichés ressemblant à
des photos de classe, avec tous les agents des années passées. Les majors de
promotion. Les gradés. Sur la droite, un cadre l’aimanta littéralement. C’était
l’image d’un homme volontaire, aux cheveux noirs, ras. On le voyait en pied,
souriant, en uniforme, tenant les rênes d’un pur-sang bai qui piaffait à son
côté. Exactement l’homme que Luigi avait vu dans son flash ! A ceci près
que sur la poitrine de cet officier, au milieu d’un paquet de décorations, il
n’y avait pas encore de petite étoile dorée !
La
légende disait : « Major Crash Chpoung, tête de pont sécurité
J.J.O. ».
C’était
le père de Crash junior ! Crash junior, avec qui il avait été en mission
déjà ! La ressemblance était frappante… Comment n’avait-il pas fait le
rapprochement ?
Il fallait absolument qu’il trouve le major
Crash Chpoung.
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