5-Oui et
non.
« Il ny a plus quà adopter ». La seule
solution, lunique. Jai répondu non du tac au tac. Que je nen étais pas
capable. Que je ny avais jamais pensé, et que je ne voulais pas y penser.
Sur le coup, elle
na pas insisté. Mais avec le temps, elle sest enhardie, et, toujours sous les
effets du traitement qui perdurent longtemps après, memporta dans sa dépression.
Je souris aujourd'hui en repensant à ce que nous a dit le
psy, à quelques années de distance, dans un épisode que je vous raconterai plus tard,
un psy que nous étions allés voir ensemble, et qui avait osé un :
- Monsieur M
, je crois, souffre dune profonde
dépression, et il est normal quil lexprime.
Javais été
soudain affublé de cette dépression, dont je savais quelle venait de ma femme, et
quelle avait été contagieuse, mais je ne me doutais pas que le fait que le psy
lait officialisée allait la rendre plus insupportable, car Maryse se mit à la voir
comme une tare chez moi, sans se rendre compte quelle en était la source.
La parenthèse
fermée, je retourne dans cette triste maison. Triste, en vérité, car sy
succédaient pleurs et éclats de voix, auxquels je ne participais pas, parce quil
ny avait rien de logique à entendre, et rien à répondre sans créer une escalade
qui aurait mené à la guerre.
Dans son état, qui
aurais-je été, encore une fois, pour parler violemment à ma femme qui souffrait
tant ?
Je partais donc, je
marchais, des heures, au hasard, pour rentrer assez épuisé pour pouvoir dormir. Il y eut
cette soirée, la pire de toutes, où je suis parti dans la forêt, dans le noir, marchant
jusquà mes limites, à men faire mal partout. Javais emporté mon
téléphone portable, et je me rendis grâce davoir pensé à moi, quand, au bout de
mes forces, jappelai ma mère pour quelle vienne me chercher, au beau milieu
de la nuit, perdu dans un lieu que je connaissais à peine.
Dautres
auraient bu, dautres seraient allés voir ailleurs. Je ne buvais pas, heureusement,
ou alors du grand vin que fait ma mère, et en toutes petites quantités. Jai eu des
occasions daller voir ailleurs, que je nai pas prises, parce quon a sa
fierté, et quand on a déjà du mal à se regarder en face dans un miroir parce
quon voit sombrer son couple et quon ny peut rien de rien, on na
pas envie dajouter la culpabilité au tableau.
Et puis, quand on
en arrive là, on se raccroche aux derniers morceaux despoir. La moindre petite
lueur à laquelle on peut croire, de bougie, devient phare. Maryse me les a donnés, en me
disant quavec un enfant, tout irait mieux, quelle serait tendre avec moi, que
les scènes finiraient
Elle ma donné des
« échantillons », entre deux crises.
Et jai fini par
craquer. A force dinsistance et de conditions de vie insupportables, elle ma
eu. Jai dit oui à ladoption, pour que tout cela cesse, et parce que je
voulais remonter la pente, et parce que je savais bien que si je naccédais pas à
son incessante demande, elle en finirait avec la vie. Jai dit oui parce que je ne
voyais pas dautre alternative.
Cela a duré deux ans. Deux ans stupides, vraiment. Ces
interrogatoires des enquêteurs qui donnent lagrément pour ladoption, quelle
errance ! Pas un na été capable de voir que jagissais sous la pression
de ma femme. Peut-être parce que je suis comédien, que cest mon métier, et donc,
que je suis « bon » comédien ? Tout de même, je me souviens du moment
final, pendant lequel il faut donner ses motivations. Et, à me réécouter, je ne me
serais pas convaincu moi-même.
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