18-Le tube
Il est drôle, ce petit
garçon de six ans qui sapproche un peu gauchement du micro, et qui prend petit à
petit confiance, comme son papa laide à apprivoiser la captation sonore.
Senregistrer, cest toujours un passage dérangeant, quand on ne sait pas
quil y a loreille interne et loreille externe. Qui na pas été
gêné de sentendre sur une bande magnétique, au point de ne pas se reconnaître,
dentendre un étranger dans les haut-parleurs, même avec le meilleur matériel qui
soit ? Le son que nous produisons avec la voix sort dans lair, mais nous ne
lentendons pas ainsi dans notre tête, il lui manque les résonances de
lintérieur, les vibrations internes du crâne. Voilà pourquoi on se dit toujours
« jai cette voix-là, moi ? » quand on senregistre les
premières fois, et cela débouche, à la radio, sur une situation plutôt ridicule, où
les animateurs, ignorant cela, cherchent à tout prix à recréer les vibrations en
passant à travers des chaînes de rack deffets, qui leur font une voix gonflée,
ridicule comme un ballon de baudruche.
Jexplique cela à
mes petits lionceaux, et ils nont pas de mal à comprendre. Dans le studio
denregistrement où je travaille en semaine, Lucas se tient les mains devant le
micro, comme un qui nose pas demander un bonbon. Emprunté, mon Lucas. Je le
rassure, un petit rire rentré éclate en sourdine en lui, comme il se réécoute sur une
petite phrase de test. Il découvre une machine très étonnante. Capable de lui donner
une image de lui-même quil ne connaissait pas.
Théo, qui semble
impassible, lobserve à quelques pas, apparemment absorbé dans la lecture de son
livre pour enfants. Mais je sais que ce nest quun paravent, pour jeter un coup
dil quand on nen a pas lair. Histoire de ne pas montrer quon
est impressionné. De jouer les grands garçons. Car Théo est le plus costaud, il faut
quil assure, cest un rôle que la nature lui a donné, mais que je ne veux pas
amplifier, que je voudrais même tempérer, pour quil ne se sente pas responsable à
la place de papa, à la maison de maman. Il ne faut pas gommer son enfance sous prétexte
quon a envie de grandir.
Puisque je faisais des
chansons pour moi, jen ai fait une pour eux, et je les ai installés devant le
micro. Je me suis demandé, pendant toute la composition de
linstrumental, pendant lécriture des paroles, quelle serait leur
réaction. Sils memboîteraient le pas, ou si nous ne serions pas à
lunisson. Après tout, si jai la fibre de la musique, nous navons pas
les mêmes gènes, leurs vrais parents ne sont pas musiciens, mais paysans au Vietnam.
Quimporte, je tente, comme on lance un hameçon, de jeter à la mer des atomes
crochus. Ce nest pas spécialement réfléchi, prémédité, cest avec le
cur.
Le goût de la
nouveauté les pousse en avant. Lucas y va de son premier couplet, sur les indications de
papa, qui lui indique le rythme. Heureusement, jai prévu une chanson sans
difficulté pour le chant, ils parlent sur le rythme plutôt quils chantent. Théo
se trompe, fait volte face, tourne un dos timide au micro une demi-seconde, puis revient
à lattaque en tapant du pied. Pour ne pas les lasser, jai écrit le texte
pour quils aient chacun deux phrases à dire, à tour de rôle. Un enfant, ça se
lasse vite à six ans, il ne faut pas quil se sente enfermé, cela doit rester un
jeu.
Et voilà mon Théo, ma
forte tête, qui sy colle. Cest lui le moins patient. Il faut que juse
de trésors de ma patience à moi, pour laider à donner un joli morceau de lui,
pour quil ne change pas de joujou tout de suite, car cest dans son caractère.
Enfant délicat, que ce petit Théo, qui est resté sur les nerfs, dune séparation
qui nest pas encore tout à fait passée, à ce que je ressens à ce moment-là, une
séparation davec sa maman. Lucas, tellement nounours, rond, doux, sucre, suave
comme une gelée de coings étalée sur la crêpe, et Théo, bien plus carré, la
brutalité reste une façon de sexprimer chez lui, la brutalité de celui qui est le
chef, et quon regarde comme tel, et quon risque de juger comme tel. La
fragilité est extrême, en lui, il la tempère par des éclats de voix, de comportement,
et il donne du fil à retordre à sa nouvelle maman, comme sil sindignait
encore davoir été enlevé à lancienne. Comme sil sindignait
sans pouvoir trouver quelquun pour lentendre, pour lui faire justice de ce
choc si violent.
La chanson sappelle
« la petite souris qui danse »
(1) et fait :
- Moi je mappelle Théo
- Salut moi cest Lucas
- On est des petits jumeaux
- (ensemble) Des jumeaux au chocolat !
- On nest pas des pommes à leau
- On ne fait pas de blabla
- On nest plus dans le berceau
- (ensemble) Et dégage le youpala !
Sur une musique rythmée, endiablée, ils se racontent, dans
un refrain où il faut quand même chanter quelques notes :
- On est venus de très loin
- En avion depuis lVietnam
Théo butte sur « Vietnam », je garde cette
version, même un peu « savonnée », comme on dit dans le métier, parce
quelle est pleine de spontanéité, de naturel. Il ne sait pas dire le nom du pays
doù il vient, son histoire est réécrite. Cest un décalage vrai,
touchant.
- On se tient toujours la main
- On a bien suivi la dame
- Depuis cest notre maman
- Cest trop bien quon soit en France
- Jai encore perdu une dent
- Cest la ptite souris qui danse !
Par petites
touches, nous enregistrons toute la chanson, dont ne sont reproduits ici que des extraits.
Un moment, le second week-end, je les sens moins motivés, jai le courage
dinsister, de les emmener avec moi. Je leur dis quil faut aller au bout
dune idée. Et ils samusent, même sils fatiguent vite, ce qui est bien
normal. Je nabuse pas, cependant, de leur temps, et ils réalisent une performance,
parce quaprès mes calculs, ils totalisent environ trois heures
denregistrements morcelés sur deux week-ends, pour obtenir le titre entier.
Quelques jours plus
tard, je leur envoie un CD avec la chanson. Jy ai mis tout mon cur moi aussi,
tout mon travail, pour faire rentrer dans le rythme ce qui ny était pas, pour
harmoniser lensemble, pour avoir fait quelque chose avec eux. Je nai pas de
réponse. Javoue que je men suis langui quelques jours, et que jai
précipité le prochain rendez-vous, pour savoir ce quils en pensaient.
Et puis, je ne me dégonfle pas, jécris une deuxième chanson
« Dis, quand cest
quon arrive ».
- Etre un petit garçon
cest pas toujours facile
- Laut jour à la
maison jai trop fait limbécile
- Moi je tai mis un gnon en
plein sur les sourcils
- Papa a dit « cest
bon, jvais te changer les piles ! »
- Jai presque eu la fessée
- Menteur tu las reçue
- Tu parles, même pas mal hé
- Mais quand même tu las
eue
- Non jl'ai pas eue
- Si !
- Tu veux un gnon ?
Refrain,
les deux enfants en chur :
- Dis quand
cest quon arrive
- Non merci pas
dendive
- Où cest
quest mon cartable
- Quand cest
quon va à table
(Voix du papa ) : Alors
quest-ce quon dit ?
- On dit oui
- Mais oui qui ?
- Oui oui oui !
- Merci qui ?
- Merci oui oui oui oui oui !
- Dis quand
cest quon arrive
- Papa tu mlis
un livre
- Où cest
quest mon nin-nin
- Jveux pas mlaver les mains
__________
- Jaime bien la patinoire
cest fou comme on rigole
- Tas un il au beurre
noir, tas vraiment pas eu dbol
- Chaque fois la même histoire
la binette sur le sol
- Tu patines y faut voir tu
temmêles les guibolles
- Je suis même pas tombé
- Cest pas vrai je
tai vu
- Juste un ptit peu
cest vrai
- Tfaçons personne
ta cru
- Ben moi jte crus pas non
plus
Refrain
- Moi quand je serai grand je
serai aviateur
- Moi pompier ou agent ça me
fait même pas peur
- On sauvera des tas dgens
on sera les vengeurs
- Et si tu tcasses les
dents je mangerai ton quatre heures
- Je mcasserai pas les
dents !
- Des petits pains au beurre
- Tu morderas pas
ddans !
- Des tonnes de chocolat !
- Ca rime pas Lucas !
- Si ça rime
- Non, ça rime même pas,
chocolat et beurre !
- Eh ben chocolat ça rime
avec chocolat !
- Mais nimporte
quoi !!!
Refrain
Nana na na na na na ad lib, en
chur
Voix a capella, Théo à la fin : Dis, alors, quand
cest quon arrive ?
Le tout sur une
musique tout aussi rythmée que la précédente. Dans la voiture, en amenant les enfants,
je nose pas trop lancer le sujet. Et si tout ça ne les avait pas touchés ?
Pas grave, jaurai tout de même essayé. Mais être là pour eux, et avec eux,
cest une approche nouvelle, un potentiel que je ne connaissais pas, que je ne savais
pas en moi, pour ne pas avoir pu lessayer sereinement, et je ne lâche pas
laffaire.
- Alors, vous avez reçu la chanson, les enfants ?
- Oui, on la reçue.
- Et ça vous a plu ?
- Tu sais, papa, dit Lucas, de sa voix de petit bonhomme attaché à
son rehausseur sur la banquette arrière, on a donné la chanson à la maîtresse à
lécole.
- Ah bon ?
- Ouais ! fait Théo qui se veut laconique mais qui a quelque
chose dintrigant dans la voix, comme un rayon de fierté.
- Et alors, quest-ce quelle a dit, la maîtresse ?
Lucas répond :
- Elle dit que cétait super, elle la mise sur la
chaîne, et toute la classe a dansé dessus en faisant la ronde !
Je nen
reviens pas. Surprise complète ! Jimagine la ronde des enfants sur cette
chansonnette qui nétait pas faite pour sortir de son cadre, c'est-à-dire de notre
petit groupe, aux lionceaux, et à moi.
- Et quest-ce quils ont dit, les copains à lécole
?
- Que cétait vachement bien !
Brave
maîtresse ! Comme jaimerais pouvoir lui dire merci de ce geste quelle
fait, sans sen rendre compte, pour réunir des curs exilés de force. Je me
rassasie, me régale de cette délicieuse nouvelle. Un fait vient darriver, qui me
donne raison, qui nous met les uns à côté des autres, nous aide à ne pas rester de
distraits voisins, les enfants et moi.
Un silence dans la
voiture. Puis :
- Vous savez, je ne voulais pas vous le dire tout de suite, mais je
vous ai préparé quelque chose.
- Ah bon, cest quoi ?
- Une surprise ?
- Allez dis papa !
- Je vous ai écrit une nouvelle chanson.
Un autre court silence. Je sens quils se regardent.
Quils hésitent encore. Quils ne veulent pas manifester démotion.
Quils ne sont pas encore apprivoisés, et je sens à mon désappointement que je ne
le suis pas encore moi-même.
- Ca vous dit denregistrer une nouvelle chanson ?
- Bah ouais
dit Théo en traînant des pieds avec la voix.
- Ca parle de quoi ?
A partir de là, je sais que pour conserver lattrait de
la chose, il faut que je me taise. Je fais des mystères, jaiguise leur curiosité.
Et en descendant de voiture, je les vois bondir vers le studio denregistrement, à
peine jetés les sacs dans lentrée de la maison.
Cest une joie.
Une réussite.
Nous ne décoinçons pas du studio. En une heure, tout
est dans la boîte. Une autre heure dans laprès-midi pour reprendre des petits
morceaux, de-ci, de-là, et il ne reste plus que le montage et le mixage. Ils
samusent à autre chose, font un petit tour avec papa, puis ils reviennent. Me
demandent découter, découter encore, petit bout par petit bout, explosent de
rire, et vient lheure de grâce : Lucas, à un moment où il parvient à
reprendre son souffle, se jette à mon cou, et me crie dans un hoquet : «
Papa, tu es le plus gentil papa du monde ! ».
Ca y est. A
lheure où on ferme la boutique, où lon plie bagage, car le week-end se
termine, je
suis devenu papa. Non par la force des choses, mais par un geste de père qui dans
sa dynamique naturelle crée un geste de fils. Cette phrase de Lucas, avec laquelle Théo,
qui ne dit pourtant rien, est à lunisson, je le sens bien, cest mille et
mille fois plus fort et vrai que toutes les signatures en bas de documents officiels,
photocopies certifiées conformes ; cest un enfant qui vient vers moi, et que
je nai pas du tout envie de repousser, bien au contraire, et qui me fait un cadeau
merveilleux, que peu de pères, je men réchauffe ardemment le cur, auront
reçu de cette façon-là. Je prends cette photocopie de bonheur certifié conforme et je
vous la donne, mes enfants, pour que se déchire toute cette paperasse qui nous empêchait
dêtre simplement nous. Pour que les conclusions des juges deviennent papier
toilette.
Cest une
victoire, et je nai pas fait exprès, cest une victoire et il ny a pas
eu de combat.
La semaine
suivante, le disque arrive dans leur boîte aux lettres, puis dans le lecteur de CD de la
maîtresse, qui le joue encore pour toute la classe. Je fais une pochette, jimprime,
je prends les enfants en photo dans le jardin, pour la couverture, tenant chacun un cornet
de glace à la main en guise de micro, et chantant comme sur scène, et jajoute en
surimpression une batterie devant Théo et une guitare électrique dans les mains de
Lucas.
Jai gagné quelque
chose, comprenez-vous ? Jai gagné, et jai le sentiment que personne ne
pourra me le reprendre.
En allant les
chercher, lors du prochain week-end en commun, je trouve mon Lucas, devant
lordinateur quil a reçu avec son frère pour Noël, et à côté de Lucas,
une petite fille de son âge. Elle écoute la chanson, et se lève à la fin, pour dire en
bondissant et en rosissant :
- Elle est SUPER, ta chanson, Lucas !
Et Lucas qui rougit, en
disant négligemment, « ouaiiis, ouaiiis », sur le ton dun Gabin qui
dirait à sa partenaire à l'écran « fais-moi un café », et qui partage avec
son papa la joie davoir réussi quelque chose de différent, dunique, de rare.
Je tenais là, dans mon coeur serré, la gloire de son père, il la partageait avec moi.
Je me lançai donc,
sans un nuage dans le cur, dans lécriture dautres chansons pour eux, en
même temps que je créais et finissais de créer un autre album de chansons : le
mien. Douze titres sur un CD, que jachevais, et dans lequel me prit lidée de
cimenter ce partage et cette réussite en incluant dans mon album la chanson « Dis quand
cest quon arrive », et en faisant même le titre global, imprimé sur la
pochette.
Lobjet fini
en poche, je maventurai à la Fnac de Dijon, et proposai mon travail. On me
répondit sans me laisser grand espoir :
- Oh, vous savez, on reçoit tellement de titres, quon ne les
prend plus. Et puis, on ne prend que les gens qui ont un événement en parallèle, des
concerts, par exemple. Vous avez des concerts prévus ?
Non, je navais pas de concert, puisque javais
travaillé tout seul, sans autres musiciens que moi et deux guitaristes, et que je suis un
homme de studio.
- Bon, laissez-le nous, on lécoutera, et si on a un coup de
cur, on verra ce quon peut faire.
Décourageante,
cette réponse, « on vous écrira », dont on sait quelle ne mène nulle
part, à moins davoir une chance insolente, comme les gagnants du loto.
Je ne me sentais pas
gagnant du loto, mais mes enfants mavaient donné lénergie quil fallait
pour aller, moi aussi, au bout de mon idée. Je perçai jusquà la station de radio
locale, France Bleu Bourgogne, et rencontrai le directeur, qui prit le disque avec une
remarque du même style que le vendeur de la Fnac.
Un silence dans le temps. A peine un éternuement
dhorloge comtoise.
Et puis comme un coup de vent quand on a laissé la porte
ouverte, un message sur le répondeur, qui fait exploser laudimat de mon
portable :
- Allo bonjour, je suis le directeur de France Bleu. Nous avons
entendu votre album, et nous allons passer un des titres en play-list tout lété,
plusieurs fois par jour. Nous allons également faire une émission spéciale où nous
demanderons à des gens qui ont participé à votre album den parler à
lantenne. Avez-vous des numéros de téléphone à me communiquer dans cette
optique ?
Je communique les numéros, mais jen compose un autre
immédiatement après, celui de la Fnac, pour les prévenir que jai un
événement qui vaut bien un concert : des diffusions en radio ! Mais la
seconde surprise de la journée me donne un instant le vertige :
- Oui, nous avons écouté votre album, nous avons eu un vrai coup de
cur, il sera en vente dès que vous nous en apporterez 20 exemplaires.
Alors,
darrache-pied, je prépare 150 copies, et préviens les amis, la famille, de ce
grand événement. Je nomets pas Maryse, dont je pense quelle va se réjouir
de nous voir enfin ensemble, avec les enfants, sur lun de mes projets. Lorsque la
maîtresse a passé les chansons à lécole, elle en avait été contente, et nos
tensions sétaient un peu relâchées. Décidément, cétait une période de
grand soleil, car je prenais ma place auprès de mes enfants, ils prenaient la leur, et je
me réjouissais de len voir heureuse. Cétait donc une fierté, pour moi, que
de la prévenir avec les autres de ce qui arrivait si bien.
Sa réponse fut une stalactite en bronze tombant sur mon petit
orteil.
- Comment ??? Tu vas en faire des Jordy, des débiles, avec tes
trucs ! Les faire passer à la télé, les rendre fous avec ça ? Moi vivante,
il nest pas question quils fassent partie de cet album.
Je lui répondis que je ne voulais pas en faire des enfants
gâtés du show-bizz, quil ne sagissait que de radio locale et de la Fnac de
Dijon, et quévidemment, ils auraient leur part des éventuels bénéfices sur leur
compte. Mais elle était sourde de colère.
- Tu te sers des enfants pour ta carrière !
Jeus droit à toutes les turpitudes.
Javais en
main toutes les pochettes, terminées, et javais investi tout mon temps, et beaucoup
dargent, dans ce travail. Il nétait pas question de tout refaire,
dautant plus que la radio et la Fnac attendaient les disques, et que les premières
diffusions étaient prévues pour le mercredi suivant, c'est-à-dire deux jours plus tard.
Dans mes mails, ce nétaient quagressions verbales
de la part de Maryse, menaces, rancoeurs, longues récriminations, que je décidai
finalement de ne plus lire. La mort dans lâme, je dus me résoudre à trouver dans
lurgence une autre solution : mes voisins avaient des enfants de dix ans, et
parlant de cette affaire, nous en vînmes à imaginer que leurs enfants fassent un essai
sur le titre « Dis quand cest quon arrive », puisque je
navais pas le temps de refaire les pochettes, et quil fallait bien que ce
titre figure sur lalbum. Lessai fut très concluant, même si je
nenregistrai pas avec la même gaieté de cur, et je réalisai la nouvelle
version du titre dans la journée, ce qui me permit de ne regraver que les CD, sans rien
changer à la pochette.
Cette fois, je pris soin
détablir un contrat, qui ne posa aucun problème, et le disque fut à lheure
prévue sur le bureau du directeur de France Bleu, et dans les rayons de la Fnac. Je
réalisai après coup que cette fois encore, Maryse avait failli faire échouer un projet
important de ma vie professionnelle, mais quelle ny était pas arrivée.
Cependant, elle avait réussi ce qui était le principal pour elle, c'est-à-dire à
méloigner de mes enfants, en piétinant notre affectif musical tout neuf,
déchirant la chanson comme Javotte et sa laide sur arrachent à Cendrillon sa robe
de bal.
Quand je lui écrivis, pour lui dire que ses plaintes
navaient plus dobjet, puisque les enfants nétaient plus sur le CD, et
que javais fait appel à dautres enfants, jatteignis le comble de la
stupéfaction : elle se fit plus furieuse encore, me reprochant de les avoir vite
remplacés, et me demandant si cétait pour largent.
Devait-elle cette réaction à la cupidité, déçue
soudainement de ne pas pouvoir réclamer sa part, et se taillant la part du lion ? Ou
au fait quelle ne pouvait plus me toucher, quelle navait plus
dappui pour me tourmenter. Je penche plutôt pour la seconde proposition. Mais je
frémis encore aujourdhui lorsque je comprends lévidence. Cet appui
quelle utilisait pour me faire tous ces amers reproches injustifiés,
cétaient les enfants. Tout en me reprochant de les utiliser pour mon ego, elle
sen servait pour nous séparer eux et moi.
J'étais si remué
que l'évidence ne m'a pas sauté aux yeux. C'est toujours ce qu'on a devant son nez que
l'on voit en dernier. Je me suis fais l'argument à moi-même, mais trop tard, que toutes
ses attaques étaient infondées. En effet, en admettant que mon but ait vraiment été de
faire de l'argent sur le dos de mes enfants, d'en faire des stars à la Jordy, cela
m'aurait été tout à fait impossible sans l'accord de Maryse, puisque pour passer à la
télévision il faut l'accord écrit des deux parents. De plus, dans l'éventualité où
j'aurais tenté un forcing, les enfants étant à la garde de Maryse n'auraient pas pu
faire la promotion de l'album si leur mère s'y était opposée. Elle aurait donc gardé
lentier contrôle de la situation, à tout moment.
En tout et pour
tout, jai vendu 20 albums. Jaurais pu monter un groupe, faire des concerts, et
réussir, car les concerts aujourdhui, pour un chanteur, sont absolument
indispensables. Beaucoup de gens me lont conseillé, mais je ne lai pas fait.
Je ne lai pas fait parce quelle mavait coupé les ailes. Parce que
javais réussi à menvoler avec mes enfants, et que ça ne lui avait pas plu.
Cest là que
jai compris que son discours, ses actes et ses pensées, depuis le début, pouvaient
se résumer en une seule phrase.
Cest là que jai compris que ce quelle me
hurlait en souriant ou en pleurant dabord, et en suffoquant maintenant de rage,
cétait : « Adopte-les, abandonne-les !»
Chapitre suivant
(1) Cliquez sur le lien pour entendre les chansons. Les vrais
prénoms des pin's ont été remplacés par des silences pour préserver leur identité et
leur vie privée.
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